Keltia, les Chroniques du Roi Dragon

La malédiction de Catuvulcos III

Thragg Montain

Malgré la peur qui l’étreignait, Thragg garda tout de même assez de sang froid pour ne pas fuir ventre à terre sitôt le revenant parti. Il allait suivre la mise en garde du fantôme, mais seulement après avoir déterminé le meilleur itinéraire possible.

Prenant des osselets d’une petite bourse accroché à sa ceinture, il se fit un devoir de les lancer en l’air trois fois avant de les rattraper. Pour un non initié, le sorcier ne tenait là que de bêtes osselets, mais en interprétant leur chute et leur position dans sa paume, Thragg était en mesure d’interpréter ce futur proche.

« Allons vers l’est Bourriquet » dit-il à sa fidèle monture. En effet, les osselets lui avait indiqué qu’un abris sûr se trouvait dans cette direction, non loin de là. Les osselets ne lui avaient jamais mentis, c’est donc confiant qu’il se dirigea vers l’est.

Alors qu’il guidait sa mule à travers les marais, il crut discerner des formes vaguement humaines entre les arbres. Sachant que les mises en gardes d’un fantôme n’étaient jamais à prendre à la légère, Thragg ne s’arrêta pas pour vérifier.

Bientôt vase et eau stagnante se firent plus rare, et le marchand put enfin remonter sur sa monture. Les formes humanoïdes se faisait de plus en plus nombreuses autour de lui, celle-ci prenant bien garde de rester hors du périmètre de lumière prodigué par la torche.

Il arriva bientôt au pied d’un petite colline, vierge de toute végétation. L’abri tant attendu devait sûrement se trouver à son sommet. En tout cas il l’espérait. Les créatures s’enhardissait, plusieurs s’approchait dangereusement du cercle de lumière. Thragg n’avait put qu’entrapercevoir des formes torturées qui n’avait rien d’humain.

D’un coup de talon, il encouragea Bourriquet à presser le pas, la sensation de danger imminent se faisant moins présente au fur et à mesure qu’il grimpait la colline et s’éloignait des bois. Néanmoins il sentait que cette sécurité n’était qu’éphémère. Il n’avait fait que gagner un peu de temps.

L’abri tant attendu se présentait sous la forme d’un tertre funéraire, dont l’entrée béante semblait n’attendre que sa venue pour se refermer. Bien que peu rassuré, le sorcier n’hésita pas longtemps. En contrebas, au pied de la colline, les créatures étaient sortis du bois et en entamaient l’ascension. Il pouvait entendre le bruit de dizaine et de dizaine de pas tout autour de lui, caché dans la brume.

Thragg descendit de sa monture avant de pénétrer dans la tombe. La brume semblait s’être épaissi, c’est à peine s’il pouvait voir les bords du sommet. Quoi qui puisse grimper cette pente, cette chose serait comme invisible à travers cette purée de poix.

Tirant Bourriquet d’une main, le sorcier jeta tout de même un œil à l’intérieur avant de se glisser dans le macabre abris. Sait-on jamais. Néanmoins, à part les quelques offrandes de nourriture et le tombeau en lui même, il n’y avait rien de bien dangereux.

Thragg s’engouffra à l’intérieur, accompagné d’une mule des plus dociles. Nul doute que les râles et les bruits de pas à l’extérieur avait eut raison de l’entêtement proverbial de l’animal.

La pièce se fermait en bouchant l’entrée avec une lourde pierre circulaire. Crachant dans ses paumes, le marchand entrepris de la faire rouler dans l’ornière prévu à cet effet. Sans succès, malgré une condition physique irréprochable, Thragg n’était pas de taille.

A l’extérieur, le jeune homme pouvait entendre les créatures s’approcher pas. Elles étaient à moins d’une dizaine de mètre, et cette maudite pierre qui ne voulait pas rouler … Alors que Thragg commençait à désespérer, une aide bienvenue se manifesta.

Bourriquet – qui se contentait jusque là de se terrer dans un coin de la pièce – n’écouta que son courage et prêta main forte à son dévoué maître. Les forces combinés de l’homme et de la bête firent rouler sans peine le lourd rocher.

Thragg put néanmoins apercevoir des formes torturées, aux griffes démesurément longue se diriger vers lui, avant que le tombeau ne soit hermétiquement clos. Chassant cette vision terrifiante de son esprit, il se dirigea vers le tombeau au fond de la pièce. Le marchand tenait à connaître celui à qui il troublait le repos.

Des inscriptions en latin recouvraient le couvercle, le marchand se fit donc un devoir de les déchiffrer.

Un froid glacial s’empara de lui lorsqu’il découvrit qui reposait entre ses murs, Branducrannos, le jeune noble qui avait tenté de l’aider un peu plus tôt. La suite du texte révélait que c’était son père Catuvulcos qui avait dressé ce cairn, et que le malheur s’abattrait sur ceux qui le profanerait.

Bien qu’il doutât que l’esprit lui en tienne rigueur – c’était lui qui avait enjoint Thragg à fuir après tout – il déposa tout de même une partie de ses provisions en offrande avant de se restaurer.

Dans un coin de la pièce, Bourriquet s’était endormi. Son propriétaire enviait cette insouciance, pour sa part, il avait l’impression qu’une présence maléfique guettait le moindre instant de faiblesse pour s’en prendre à lui.

N’y tenant plus, il s’empara de ses osselets et tenta de déchiffrer l’avenir pour savoir s’il était vraiment en danger ou non. De nouveau, ils les lança en l’air trois fois de suite avant d’interpréter l’avenir d’après leur position au sol.

Contrairement à la fois dernière, la réponse fut plus vague. Il ne craignait rien cette nuit, car l’heure de l’affrontement n’était pas encore venu selon eux.

Thragg était bien tenté de leur demander quand cette heure viendrait, mais il préféra s’abstenir. Lire les osselets était un art difficile, attendre d’eux une réponse précise était une perte de temps, et il était trop épuisé pour cela.

Ignorant les raclements suspects contre la pierre qui scellait l’entrée, le sorcier s’abandonna à la torpeur.

Ce fut le raclement de la pierre contre la pierre qui le réveilla. Craignant que les horreurs dehors soient parvenus à pénétrer dans son abris, il se leva en sursaut. Heureusement, ce ne fut pas le cas, à part Bourriquet, il était seul.

Visiblement agacé par le peu de réaction de son propriétaire, l’animal poussa un soupir d’exaspération et désigna de la tête l’entrée du tertre. Il faisait encore nuit à l’extérieur, mais les créatures semblaient être partis, en tout cas, on ne les entendaient plus gratter à l’entrée.

Las d’attendre Thragg, la mule sortis de l’abri. Son maître pris quelques instants de réflexion avant de lui emboîter de pas. Il put se rendre compte avec soulagement qu’aucune créature ne se jetait sur lui pour l’éventrer. Elle semblait être partis, tout comme le brouillard.

La vue enfin dégagée, le marchand put apercevoir à moins d’une heure de marche les lumières d’un village fortifiés. Nul doute que c’était le fameux village dont parlait Branducrannos et qu’il y trouverait sécurité et réponse.

Un autre pour la route ?

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