Keltia, les Chroniques du Roi Dragon

La malédiction de Catuvulcos II

Thragg Montain

La caravane cheminait lentement en suivant la vieille route romaine de la Fosse strata. Thragg Montain et ses collègues avaient quitté Aquae Sulis il y a quelques jours et venaient de traverser le Thames il y a peu.

Ils étaient dorénavant dans le Lloygyrr, les royaumes frontaliers, une terre où brigands et créature surnaturelle pouvaient attaquer impunément les voyageurs depuis la chute des royaumes bretons. Vu le danger, les profits n’en seraient que plus grand une fois arrivé à Caer Lundheim.

En pleine journée, alors qu’ils allaient traverser un bois, ils tombèrent dans une embuscade. Des frondaisons surgirent soudainement des dizaines de brigands.

Le choc des armes se fit entendre, tandis que les premiers corps à corps débutaient. Juché sur son mulet – affectueusement appelé Bourriquet – Thragg tentait tant bien que mal de garder le contrôle de son second animal, apeuré par les bruits de combats. Vu la fortune que portait la bête, Thragg ne comptait pas la laisser s’échapper.

Malheureusement, un bandit emboucha un cor de guerre dans l’espoir de galvaniser ses camarades, malmenés par l’escorte des marchands. A ce bruit, la bête de somme se libéra de l’étreinte de son propriétaire et prit la fuite en direction d’une zone marécageuse.

Tel les héros des grandes sagas, Thragg piqua des talons sa monture pour poursuivre l’animal affolé. Poussé par les encouragement de son cavalier, Bourriquet parvint à la hauteur de la bête de somme. Thragg n’avait plus qu’à tendre la main pour attraper la longe de l’animal. Il lui restait à peine quelques centimètre avant d’atteindre son but.

Néanmoins, l’animal récalcitrant fit un brusque écart. Déséquilibré, Thragg ne rétablis son assiette que de justesse, avant de reprendre la poursuite. Ayant repris de l’avance sur Bourriquet, la mule continuait sa course folle vers les marais, de moins en moins visible à cause de la brume qui émanait de l’eau stagnante.

Ce brouillard ne semblait pas naturel. Il était apparu soudainement, et rampait dans l’herbe vers Thragg, comme s’il était doué d’une volonté propre. Toutefois, le marchand n’en tint pas compte, c’est à peine s’il prit garde à la sensation de froid surnaturelle qui s’empara de lui lorsqu’il disparu dans les brumes. La mule et les marchandises qu’elle transportait était plus important.

Il ne sait combien de temps il passa à errer dans cette purée de poids à hurler le nom de l’animal disparu : Bourriquette. Il ne voyait pas à plus de deux mètres et cela faisait un bon moment qu’il n’entendait plus les rumeurs du combat, la nuit était d’ailleurs tombé.

Le sol ferme de la plaine qu’il venait de quitter se faisait de plus en plus spongieux et humides. Les arbres se faisait de plus en plus proches, de plus en plus resserré. Malgré la lumière que lui procurait sa torche, les arbres prenait des allures de vieillards malveillants au sein du brouillard.

Ce lieu inquiétant n’était pas naturel. L’awen, l’énergie mystique que contrôlait les druides et les sorciers, y était différent, comme pervertis.

La lune, lorsque elle était visible, apparaissait à chaque fois différente. Parfois elle n’était qu’un mince croissant ayant à peine entamé son ascension dans le ciel, parfois elle était pleine et à son zénith. C’était comme si ce lieu était hors du temps.

Le terrain devenant de plus en plus humide et marécageux, Thragg était descendu depuis longtemps de Bourriquet pour le guider à travers les fondrières. Ses bottes et son pantalon étaient trempés et recouvert de vase.

Après avoir erré ainsi pendant une éternité, il aperçut enfin un autre être vivant dans ses terres désolées. C’était un jeune homme, sûrement un noble ou un quelqu’un d’important vu la richesse de ses habits et l’épée qui pendait à son côté.

Après avoir adressé les salutations d’usage, Thragg apprit que le jeune homme se nommait Branducrannos et qu’il était le fils de Catuvulcos, le chef de clan de la région. Cependant, lorsque le marchand lui demanda la raison de sa présence en ces lieux, son interlocuteur fut incapable de lui répondre. Il semblait totalement perdu.

Néanmoins, il finit par retrouver la mémoire. Il cherchait après une jeune fille rousse du nom de Talaith. Il avait un rendez-vous galant avec elle, avoua-t-il le rouge aux joues.

Malgré cela, Branducrannos ne pouvait laisser un étranger errer ainsi plus longtemps dans les terres de son clan. Il proposa donc de guider Thragg vers son village afin qu’il puisse retrouver la Fosse Strata après une bonne nuit de sommeil.

En cours de route le fils du chef parla de son sujet de conversation préférée : Talaith. Patient, Thragg écouta poliment le jeune homme discourir sur les qualités de sa dulcinée pendant qu’il cheminait à travers les marais.

Ce furent les sens d’awenyddion du marchand qui l’avertirent du danger. Quelque chose d’énorme se préparait. L’awen, qui jusque là saturait l’air ambiant, s’était brusquement volatilisé. Bien entendu, Thragg en tant que sorcier était le seul à s’en être rendu compte, le jeune amoureux continuant à soliloquer tout en avançant.

Puis, tout aussi brusquement, cette énergie fut libéré. A l’instar d’une vague gigantesque, elle déferla à travers le marais, provoquant à son passage un vent surnaturel.

Pour le sorcier, cela s’apparentait à une vague déferlante heurtant son esprit de plein fouet. Submergé par cette puissance, Thragg Montain peinait à rester conscient. Sous ces yeux horrifiés, la lune se teintait peu à peu d’une couleur rouge sang.

Même sans être awenyddion, Branducrannos semblait sensible à ces changements. Son teint avait prit une pâleur cadavérique et il regardait l’astre écarlate d’un air absent. Malheureusement, Thragg était trop occupé à calmer Bourriquet pour pouvoir s’occuper de son guide.

Lorsque tout cela se calma enfin, Thragg se rapprocha du jeune homme qui n’avait bougé d’un pouce, sous le choc.

« Branducrannos ? Ça va ? » Demanda-t-il en lui posant une main rassurante sur l’épaule.

Le marchand eut un pas de recul en voyant le visage du jeune noble, un visage bouffi et nécrosé par un séjour prolongé dans l’eau. Thragg avait vu assez de noyés dans sa vie pour en reconnaître un du premier coup d’œil.

« Il est trop tard pour moi … je me souviens … » dit-il tout en crachant une eau noire et malodorante. Le sorcier, bien que terrifié, allait lui demander de plus amples détails mais Branducrannos l’interrompit. « Fuyez … ils arrivent … » lâcha-t-il dans un souffle avant de disparaître dans la brume.

Des cris de protestations se firent entendre alors que Luydd s’interrompait dans son récit. Le vieux conteur aimait prendre une pause à ce moment précis de l’histoire. Cela lui permettait de mettre son public en haleine, tout en lui permettant de reprendre son souffle. Il n’avait plus vingt ans …

Un autre pour la route ?

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